Boris Johnson triomphe, le Labour s’effondre et le Brexit est presque là


«Ce mandat est irréfutable. Il met fin à la menace d’un second référendum, nous réaliserons le Brexit le 31 janvier, pas de si, pas de mais.»

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Plus d’atermoiements, d’incertitudes et de demi-choix. Trois ans et demi après le référendum sur le Brexit, le Royaume-Uni a confirmé très clairement son choix. En offrant à Boris Johnson et aux conservateurs une victoire éclatante aux élections générales, les Britanniques ont confirmé, pour la seconde fois, qu’ils souhaitaient quitter l’Union européenne.

 

«Il semble que le gouvernement conservateur a reçu un nouveau mandat puissant pour concrétiser le Brexit», s’est félicité Boris Johnson au moment de l’annonce de sa réélection dans le siège d’Uxbridge, en grande banlieue de Londres. Quelques heures plus tard, dans le centre de Londres et devant une affiche disant «le gouvernement du peuple», il renchérissait : «Ce mandat est irréfutable. Il met fin à la menace d’un second référendum, nous réaliserons le Brexit le 31 janvier, pas de si, pas de mais.» Son mandat est effectivement impressionnant. Alors que le dépouillement des bulletins était presque terminé vendredi vers 8 heures locales, les conservateurs étaient en passe d’obtenir 364 sièges sur 650 à la Chambre des Communes. Il s’agit de la victoire la plus significative pour les tories depuis celle de Margaret Thatcher en 198

 

«Tremblement de terre politique»

De son côté, le Labour de Jeremy Corbyn enregistre une défaite cinglante. Avec une projection de 203 sièges, le Parti travailliste fera pire que sous l’ancien leader Michael Foot en 1983 qui avait alors gagné 206 sièges dans une élection alors considérée comme calamiteuse. Il faudra probablement remonter à 1935 pour trouver une défaite travailliste d’une telle ampleur. Jeremy Corbyn n’a réussi à convaincre l’électorat ni avec son ambiguïté sur le Brexit ni avec son programme économique radical très à gauche. Il s’est aussi aliéné le vote de la communauté juive en ne luttant pas clairement contre l’antisémitisme rampant au sein du Labour. Il a annoncé son départ prochain, sans fournir plus de détails sur le calendrier. Il pourrait donner plus de précisions dans la journée de vendredi. Sa défaite est d’autant plus frappante qu’elle touche des régions historiques pour le parti. Mince consolation, Londres reste en majorité travailliste.

Au-delà du nombre de sièges remportés par les conservateurs, ce sont en effet les régions où ils ont triomphé qui représentent ce que Boris Johnson a qualifié de «tremblement de terre politique». Les tories ont en effet gagné largement du terrain dans des régions traditionnellement travaillistes, depuis des décennies, au nord et au centre de l’Angleterre. Des circonscriptions comme Sedgefield, ancien fief de Tony Blair, sont ainsi tombées dans l’escarcelle tory. Ou encore Bolsover, où Dennis Skinner, 87 ans et figure historique du Labour, régnait depuis quarante-neuf ans. Ces régions, berceaux industriels ou manufacturiers du pays, avaient voté clairement pour Leave en 2016. Mais paradoxalement, ce sont aussi dans ces régions que le programme radical de Jeremy Corbyn – renationalisation du rail, de l’énergie, de l’eau et investissements massifs dans les services publics – aurait dû avoir un impact significatif. Cela n’a pas été le cas.

Les libéraux-démocrates enregistrent des résultats extrêmement décevants avec un gain de seulement 11 sièges, soit un de moins que dans le Parlement précédent. Surtout, dans un des nombreux résultats chocs de la nuit, la dirigeante du parti, Jo Swinson, a perdu son siège au profit des indépendantistes écossais du Scottish National Party (SNP). Elle a annoncé sa démission immédiate. Le message de ce parti, annuler purement et simplement le Brexit, a été totalement rejeté.

Le parti des écologistes, les Green, conserve son seul siège, à Brighton. Le Brexit Party de Nigel Farage ne réussit pas à gagner un seul siège. Mais, en se maintenant dans certains fiefs du nord du pays, il aura privé le parti conservateur de quelques sièges supplémentaires et d’une victoire encore plus écrasante.

Référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

Boris Johnson a estimé que le pays était désormais uni et quittera l’UE «comme une seule nation». Ce n’est pas tout à fait vrai et pas l’avis de tous. En Ecosse, les résultats donnent une image très différente de l’Angleterre. Si le Labour y est presque éradiqué et n’y conserve plus qu’un siège à Edimbourg, ce sont les indépendantistes du SNP qui se distinguent en remportant 48 des 59 sièges écossais à Westminster. Le parti, sous la houlette de Nicola Sturgeon, avait fait campagne sur le maintien de l’Ecosse au sein de l’UE. En 2016, la région avait voté significativement contre le Brexit. Nicola Sturgeon a immédiatement appelé à l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Elle a peu de chances d’être entendue, pour le moment, par Boris Johnson. Légalement, le gouvernement britannique doit donner son assentiment pour l’organisation d’un tel scrutin. Mais, en cas de raz-de-marée du SNP aux élections du Parlement semi-autonome écossais, prévues en 2021, la discussion pourrait prendre un autre tour.

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