BANGKOK / ELECTIONS 2019 Sans surprise, le paysage politique ne subit pas de bouleversement, Prayut Chan-o-cha


 

Sans surprise compte tenu des aménagements constitutionnels d’avant scrutin, la junte militaire conserve le pouvoir en Thaïlande bien que distancée dans les urnes par l’opposition. Elle doit cependant nouer des alliances pour obtenir la majorité parlementaire.

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La Thaïlande a attendu la fin des cérémonies de couronnement du Roi pour publier les résultats des élections de mars. Sans surprise, le paysage politique ne subit pas de bouleversement, le parti de la junte, au pouvoir depuis 2014, bien qu’ayant remporté moins de sièges en valeur absolue que l’opposition (115 contre 136), est assuré de former le prochain gouvernement. Cela, grâce à quelques subtilités qui rendent le système politique thaï relativement complexe à déchiffrer. Les élections ont été démocratiques dans leur déroulement, mais les manoeuvres qui ont précédé le scrutin ont largement contribué à verrouiller le pouvoir au profit des militaires.

Pour ces élections, la junte partait avec l’avantage de pouvoir bénéficier, d’emblée, du soutien du Sénat. La nouvelle Constitution, adoptée en 2017, donne en effet à l’armée la capacité de nommer l’intégralité des 250 membres de la Chambre haute.

Colère de l’opposition
Fort de ce matelas, le parti des militaires n’a besoin, au travers des urnes, que de 126 sièges sur 500 pour obtenir la majorité parlementaire. A l’issue du scrutin, les compteurs se sont arrêtés à 115, privant d’une courte tête le Phalang Pracharat d’une victoire sans appel, fut-elle à la Pyrrhus. A l’inverse, les opposants qui ne peuvent évidemment pas compter sur le poids du Sénat, doivent cumuler 376 sièges pour espérer former un gouvernement, un nombre quasiment impossible à atteindre. « Le Pheu Thai (le principal parti d’opposition NDLR) considère que la commission électorale a abusé de la loi », a réagi le parti, annonçant qu’il allait porter plainte, sans pour l’heure appeler ses partisans à descendre dans la rue.

Deux camps
Malgré ces protestations, la voie est libre aux supporters de Prayut Chan-O-Cha pour nouer des alliances. Au premier rang des alliés potentiels, le parti Démocrate (52 députés) et le Bhumjaitai (51 sièges). Même si le Royaume reste divisé en deux camps, entre les partisans des Shinawatra et ceux de la junte, les lignes ont beaucoup bougé lors de ce scrutin. Le parti Future Forward, fondé par le milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit a créé la surprise en engrangeant 80 sièges à la Chambre basse. Soutenu par plus de 6 millions d’électeurs, il devient la troisième force politique du pays. Un résultat qui inquiète les militaires.

Michel De Grandi