Les réactions face aux persécutions subies par la minorité musulmane en Birmanie en disent long sur les incohérences de l’Occident.- Le Point


Les statues finissent toujours par se fissurer. Aung San Suu Kyi vient de faire tomber son masque de sainte.

Si la direction des vents change, la fumée de l’encens nous revient dans le visage avec un effet urticant. On a beaucoup encensé l’opposante birmane Aung San Suu Kyi. On lui a décerné un prix Nobel de la paix. On a écrit des odes à sa gloire. Ainsi sculpte-t-on une statue vivante et si contemporaine.

Dans Tintin chez les Picaros, son chef d’œuvre de philosophie politique, Hergé nous a mis en garde contre ces vocations soudaines de modeleurs d’icônes. Les statues finissent toujours par se fissurer.Aung San Suu Kyi vient de faire tomber son masque de sainte.

Dans son pays, la minorité – musulmane – des Rohingyas subit un « nettoyage ethnique », selon l’ONU. Depuis les violences qui ont éclaté le 25 août, 270 000 d’entre eux ont fui vers le Bangladesh. Face à ce génocide, « The lady », pour reprendre le titre du film hagiographique de Luc Besson, se mure dans le déni. « Iceberg de désinformation », dit-elle malgré l’ampleur et l’horreur de la persécution : viols en réunion, tortures, meurtres, massacres… Apparaît alors une autre face du bouddhisme, très éloignée des mines avenantes du dalaï-lama et de Richard Gere.En Occident, peu de voix s’élèvent pour protester contre le sort indigne réservé aux Rohingyas.

La Birmanie, c’est loin. Et, disons-le franchement, les victimes sont musulmanes. Les bonnes consciences font l’impasse. Or, c’est un choix catastrophique. Le destin des musulmans en Birmanie, comme celui des chrétiens d’Orient, touche à l’humaine condition. Ce sont deux causes universelles défendant le salut de l’homme. Si l’Occident n’est plus capable de se mobiliser pour les Rohingyas, alors les islamistes auront réussi leur coup : découper l’humanité en silos pour mieux l’écraser.

Source : sebastien le foll